La mort de la face B

La fin de l’été, Acrylique, PLH

Lu dans le journal Le Monde : La soupe au flow, signé Clara Georges.

Qui s’interroge : Comment en suis-je arrivée là ? Ou, plutôt, qui suis-je , Quel étrange moulage de ma personne me renvoie l’algorithme ? 

Ringarde des années 80, mère au bord de la crise de nerfs, reine du fitness et du quinoa…

 

En y réfléchissant, avec un tel zapping, un Top 50 accéléré de sa vie, elle s’aperçoit, Clara, que cela ne lui déplaît pas. Qu’elle serait aujourd’hui bien incapable de se plonger dans un album qui autrefois lui paraissait trop court.

Son cerveau a muté. Sa pensée serpente par segments de 3 minutes. Il lui faut des tubes.

Musicalement, c’est un drame : la mort de la face B, la mort du temps mort et la mort du récit.

 

Humainement, ce n’est pas mieux : elle se fragmente.

Serait-elle bientôt incapable de lire une nouvelle sans s’interrompre pour actualiser ses mails, d’écrire des articles de plus de 140 signes, ou de passer une journée dont chaque heure ne soit pas découpée par activité dans son agenda ?

 

 

 

 

Elle se demande, Clara, s’il n’est pas possible de s’accrocher à une bouée : les plates-formes en ligne sont peut-être en train d’inventer une nouvelle langue ?

Les morceaux de nous qu’elles diffusent selon un calcul mathématique seraient comme des associations libres sur un divan de psychanalyste.

Peut-être.

Mais peut-être aussi que les calculs signent la fin de l’individu. Un être humain que rien ne pouvait diviser, un être humain souverain.

Voici le règne du dividu, pauvres de nous. A moins que…

Que dans un sursaut de lucidité, nous soyons encore capables de sauter hors de la marmite dans laquelle nous mijotons.

Que nous ayons le goût de la vie suffisamment chevillé au corps que pour dire non à la disparition, à petit feu, de notre humanité.

Et oui, oui à tous les chemins de traverse, les sentiers secrets, les itinéraires les moins fréquentés, ceux sur lesquels nous nous sentons pleinement présents aux moments présents de notre existence.

Car c’est inscrits dans ce temps là que nous pouvons déguster le passage du temps et en faire notre miel.