Jubilatoire

 

Je dis toujours à mes élèves, surtout les dix-onze ans, ceux qui sont en train de devenir des petits connaisseurs du monde :

« Débranche ton esprit logique qui pense que 1 + 1 = 2. Ouvre ton esprit à la possibilité que 1 + 1 = 48, ou une Mercédes Benz, ou une tarte aux pommes, un cheval bleu ».

Ne raconte pas ton autobiographie avec des faits : j’ai onze ans, je suis un garçon, j’habite à Owatonna, j’ai une mère et un père.

Dis-moi qui tu es vraiment : « Je suis le givre sur la vitre, le cri d’un jeune loup, un frêle brin d’herbe« .

 

                                                Oublie qui tu es.

                                                                                                                            Disparais dans tout ce que tu regardes.

 

Deviens entièrement chaque émotion que tu ressens, brûle en entier avec elle. N’aies pas peur, rapidement ton ego deviendra anxieux et mettra fin à cette extase.

Mais si tu peux saisir le sentiment, l’odeur ou la vision par des mots au moment où tu es un avec lui, vraisemblablement, tu auras  un très bon poème.

Et puis, tu retombes à nouveau sur terre. Seule l’écriture garde la grande vision.

Voilà pourquoi nous devons encore et toujours retourner à des livres, de bons livres, et lire et relire les visions de qui nous sommes, de comment nous pouvons être : cette lutte qu’on livre tous les jours en tant qu’êtres humains pour nous traiter nous-mêmes avec compassion, et montrer de la gentillesse les uns envers les autres.

 

Les Italiques jubilatoires, La créativité par l’atelier d’écriture, Nathalie Goldberg