Les Pratiques Narratives

La thérapie narrative est le dernier né du courant des thérapies brèves qui inclut la thérapie orientée vers les solutions.
Approche innovante, les Pratiques Narratives sont apparues en Australie. Leur inventeur, le psychologue Michael White, s'est appuyé sur les théories de philosophes,anthropologues, sociologues, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Paul Ricoeur, Pierre Bourdieu, Jérôme Bruner, Barbara Myerhoff, , sur la pensée non-structuraliste et le constructionnisme social.
Pour ces courants, la fonction de singularité remplace celle d’universalité et la parole ne se borne pas à exprimer la pensée : les mots qui nous servent à décrire la réalité entrent constamment dans la construction de cette réalité.
L’histoire préférée
Le langage et l’usage que l’on en fait jouent un rôle vital dans le façonnage de la vie. Ce que nous disons et la manière dont nous nous relions les uns les autres façonne la vie.
Notre identité est constamment créée par la relation avec les autres, les institutions,…à partir de nombreuses histoires parfois contradictoires.
La thérapie narrative organise le monde de l’expérience en terme d’histoire et la tâche du praticien narratif consiste à poser des questions.
L’important n’est pas de résoudre un problème mais d’identifier ou de modifier les histoires qui le maintiennent et de construire de nouvelles histoires créatrices de nouvelles possibilités et supportant la croissance.
Les cérémonies définitionnelles
Elles traitent des problèmes d’invisibilité et de marginalité. Ce sont des stratégies qui offrent l’occasion de se dévoiler dans ses propres mots, et de recueillir des témoignages de sa propre valeur, de sa propre vitalité et de son être.
La cérémonie définitionnelle crée un contexte permettant une description riche de la vie, de l’identité et des relations des gens. Cette métaphore organise des rituels reconnaissant et requalifiant la vie des gens.
L’option est offerte de narrer/agir son histoire de vie devant un public de témoins extérieurs. Ces témoins extérieurs répondent à ces narrations par la re-narration de certains aspects ce de qu’ils ont entendu. Ces re-narrations sont façonnées par des traditions de reconnaissance particulières.
Durant ces narrations et re-narrations, nombre des thèmes alternatifs, ou contre-intrigues de la vie des gens, prennent de l’épaisseur et les histoires de vie des gens se trouvent reliées à ces thèmes et aux valeurs, buts et engagement qui y sont exprimés.
Les re-narrations
Il n’y a pas de vérités essentielles. Ce qui est vrai c’est la présentation particulière d’une expérience que préfèrent des personnes particulières dans une culture particulière.
Les re-narrations structurelles de la cérémonie définitionnelle authentifient les préférences revendiquées par les personnes au sujet de leur vie et de leur identité et ont pour effet d’offrir aux gens des options pour l’action qui ne leur seraient pas disponibles autrement.
La cérémonie définitionnelle fait bouger tous les participants en ce sens qu’elle contribue à leur fournir des options pour devenir autres qu’ils étaient. Bouger se comprend dans le sens de transporter, dans le sens d’être ailleurs dans la vie par le fait de cette participation.
La mémoire
La mémoire est une activité de l’esprit qui reproduit un état de conscience passé que nous reconnaissons pour tel.
C’est un processus dynamique qui ramène au présent (re-présente, présente à nouveau) à notre conscience des souvenirs qui, rappelés du passé dans le présent, ne peuvent que se trouver ré-actualisés par ce mouvement-même.
Les souvenirs, re-produits, sont ainsi modifiés à chaque évocation. La métaphore d’une mémoire considérée comme un album de photos jaunies et bien rangées, statique, que l’on feuilletterait comme le ferait un spectateur extérieur a fait long feu.
La photo que nous regardons n’est qu’une représentation analogique de ce que nous imaginons. Marcel Proust a magistralement démontré que les souvenirs sont des actes de la conscience.
La mémoire nous permet de raconter nos histoires. Elle sélectionne, oublie, focalise, transforme, renchérit, fabule, associe, écarte, tisse et re-tisse notre identité personnelle au gré de l’actualité. Elle ré écrit perpétuellement notre autobiographie.
Les Pratiques Narratives aident les personnes à retrouver leur mobilité mémorielle, à réexaminer le sens de souvenirs figés dans l’intemporalité, à quitter les conclusions automatiques, générées autrefois par la pression normative et aujourd’hui enkystées, pour en concevoir d’autres, rappeler des expériences jusque-là insignifiantes, récrire leur autobiographie de leur plein gré et vivre la vie qui est la leur, celle qu’ils préfèrent, dans la pleine expression de leur exotisme intrinsèque.
Les histoires que nous racontons sur nous-mêmes et nos relations, ou que d’autres nous contraignent à adopter sur nous-mêmes et à tenir pour "vraies", sont créées en reliant entre eux certains événements pour en faire des séquences organisées dans le temps.
Nous nous débrouillons pour attribuer du sens à ces séquences organisées, d’ailleurs nous passons notre temps à donner du sens à notre vécu. C’est ce sens qui détermine le thème de l’histoire.
Un roman, ce sont des personnages, des événements, des intrigues, articulés en chapitres, autour d’un thème, le thème se trouvant souvent dans le titre : A la recherche du temps perdu, Les liaisons dangereuses", L’élégance du hérisson…
De même qu’en littérature c’est l’intrigue qui détermine les péripéties du roman, c’est l’histoire de vie, le thème, qui façonne l’identité des gens. Le discours que nous émettons fabrique la cohérence de notre histoire, et par là-même notre identité.
La position du narrateur d’une vie en train de se vivre est réflexive, c’est-à-dire qu’il est à la fois auteur (scripteur, pour reprendre le terme de Paul Ricoeur) et lecteur (observateur constructeur du sens).







